Anette Cyran


Après avoir été initiée au shiatsu en 1985 à Paris par Michel ODOUL, fondateur de l’Institut français de shiatsu, j’ai poursuivi mes études à Tokyo, au Japon, auprès de Maître Suzuki, en me consacrant notamment à la technique dite « Zen Shiatsu » élaborée par Maitre Masunaga. J’ai obtenu le diplôme de praticien de l’Ecole de Shiatsu Suzuki en 1993.
Depuis 1994, je pratique le shiatsu dans l’Hérault, en France, de même qu’à l’étranger.

Parallèlement, je n’ai cessé depuis ma jeunesse de vivre « une vie dans les chevaux ». J’ai notament travaillé à Maison Lafitte de 1985 à 1987, où je montais tous les matins des « lots » à l’entrainement. Plus tard, au cours d’un voyage en Australie, une professionnelle du dressage m’a demandée de « voir » sa jument, qui connaissait des problèmes de fertilité. Après avoir dévoré le premier livre jamais écrit sur le shiatsu équin (Pamela Hannay, Touching Horses) et m’être pleinement laissé aller à cette première expérience, je fus témoin de réactions merveilleuses. La jument s’est calmée sur le champ, a fermé les yeux et s’est détendue en accueillant mes mains. Elle est restée dans cet état bien après le traitement.

Cette expérience m’a poussée à concilier mon amour des chevaux et l’outil de ma vie professionnelle en m’inscrivant dans la meilleure école de shiatsu équin en Angleterre, « The School of Equine Shiatsu », basée dans le Sussex. L’interêt croissant montré depuis peu pour le shiatsu équin ayant suscité de plus en plus de demandes dans ce domaine, cette première école s’est développée pour devenir une véritable université formant à un métier reconnu par les autorités britanniques.

Depuis ce jour ma passion ne cesse de grandir, que ce soit dans mon travail sur les humains que dans mon traitement des chevaux. L’extrême sensibilité du cheval, qui s’exprime par signes, m’a conduit à affiner mon écoute. Les humains aussi nous parlent dans le silence bien plus que dans les paroles et ce sont les mains et le coeur qui écoutent.


Article paru dans ‘FEMME CHEVAL PASSION’ du mois de juillet 2013:

LE BIEN-ÊTRE AU BOUT DES DOIGTS
Anette Cyran est praticienne shiatsu, pour les hommes et pour les chevaux. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle s’occupait d’un cheval toujours sur l’œil, aux aguets. A mi-parcours de la séance, il montra des signes de somnolence très nets. Puis d’apaisement. L’occasion était alors trop belle d’essayer de comprendre son parcours et cette pratique encore mal connue dans le milieu équestre, dont les racines sont pourtant millénaires.

Parlez-nous un peu de vous…
Je suis née en Allemagne il ya presque cinquante ans. J’ai commencé à monter à l’âge de 6 ans, dans le plus pur esprit prussien ! A 10 ans je suis partie vivre en Côte-d’Ivoire, puis en France. A 17 ans je suis entrée à l’école de Mimodrame de Paris Marcel-Marceau. A Paris, je partais tous les matins à 4 heures à Maisons-Laffitte, pour survivre en montant des lots. J’ai décidé de partir au Japon pour apprendre le shiatsu (j’avais commencé des ateliers de shiatsu avec Michel Odoul1) et faire de l’aïkido, ainsi que du théâtre japonais kyôgen. Ma fille est née à Tokyo et je suis rentrée six ans plus tard dans l’Hérault. J’ai aussi un fils qui a 16 ans aujourd’hui. Mon problème a été, pendant longtemps, de ne pas avoir une seule passion mais plusieurs : les chevaux, le théâtre, la musique, la danse, mais quand j’en pratiquais un seul les autres me manquaient. Et il y a aussi l’opéra (je suis chanteuse amateur). Depuis ma petite enfance j’ai voulu comprendre le fonctionnement du corps et de l’esprit, et comment les deux vibrent ensemble. Le shiatsu a été un moyen merveilleux de connaître ce qu’est l’être humain en relation avec l’univers. Depuis vingt ans que j’ai opté pour la voie bouddhiste, avec toute son ouverture et connaissance de l’essence de l’esprit, j’ai appris à être en amitié avec mes émotions et je crois pouvoir dire que je n’ai plus peur de moi-même.

Pouvez-vous nous présenter le shiatsu et ses applications pour le cheval ?
Il y a quelques années, une amie m’a demandée de traiter en shiatsu sa jument et j’ai été bouleversée par cette expérience. J’ai alors pris contact avec la meilleure école de shiatsu équin en Angleterre (pays où cet art s’est le plus développé) et je me suis engagée dans un cursus de trois ans. Le shiatsu est issu de la médecine chinoise, comme l’acupuncture. Les méridiens (circuits énergétiques) à traiter sont déterminés par questionnements et toucher des zones réflexes pour les êtres humains et surtout par observation chez les chevaux… Les propriétaires des chevaux peuvent donner des pistes mais souvent, particulièrement dans le monde des courses et des compétitions, il est très difficile de trouver quelqu’un qui observe vraiment le cheval. Une fois établies la typologie du cheval et ses zones de carence et de déséquilibres, le praticien doit établir le contact et aller droit au but. Le cheval ne va jamais laisser faire quelque chose de superficiel ou quelque chose qui soit « à côté de la plaque ». Et il faut accepter de se laisser guider par lui, ce que je fais maintenant depuis cinq ans.

Peut-on apprendre le shiatsu équin en France ?
Il y a quelques écoles professionnelles en France. Elles ont été créées la plupart du temps par des personnes qui ont appris en Angleterre. Ce qui me paraît important c’est que dans une formation professionnelle il faut des intervenant multiples : il faut étudier l’anatomie, la physiologie, l’éthologie, la théorie de la médecine chinoise, les éléments et les méridiens… Et il est important de développer sa propre sensibilité, ses convictions! Il faut être très rigoureux dans la compréhension de la théorie, qui est une philosophie, une vision de l’univers issue du taoïsme (qui est à la fois philosophie et religion, NDLR). Connaître quelques techniques et quelques points ne fait pas de vous un praticien de shiatsu. Il faut faire la synthèse du shiatsu et du cheval, et connaître ses limites. Il faut aussi être rigoureux dans son propre corps, c’est-à-dire pratiquer le qi gong, le yoga, la méditation… Il est fondamental, dans ce soin, de ne pas projeter ses propres images. C’est une responsabilité à prendre très au sérieux pour aider le cheval et son propriétaire ou cavalier. J’applique mes compétences en shiatsu depuis cinq ans aux chevaux (voir aussi son site 2).

Qui fait appel à vous ? Dans quelles circonstances ?
Souvent les contacts se font d’une personne à l’autre, de bouche à oreille. Donc faut accepter de se faire connaître lentement. C’est une approche encore très nouvelle en France où l’éthologie et la compréhension du cheval comme personne à part entière rentrent tout juste dans l’équitation. Des lieux comme la Cité du Cheval à Tarascon peuvent faire avancer cette dimension dans l’avenir. La raison qui mène au coup de fil qui m’est donné, c’est souvent une boiterie qui n’en finit pas, un dos raide, des mauvaises habitudes qui ont été prises et qui persistent (tirer au renard par exemple, mordre…). Et ces « mauvaises » habitudes sont souvent révélatrices d’une sorte de voie « sans issue » dans la relation du cavalier au cheval. Une séance de shiatsu équin ouvre une nouvelle voie qui rééquilibre. Même si le problème physique ne se résout pas immédiatement (souvent les conditions de vie du cheval sont à l’origine même de ses problèmes, il faut alors revoir beaucoup de choses à la base, comme le lieu de la pension, la pratique du maréchal ferrant, l’alimentation…) j’inclus toujours la personnalité du cheval dans le processus.

Comment procédez-vous : chez vous ? en vous déplaçant ?
Pour le moment je suis entrepreneure salariée dans une coopérative d’entrepreneurs, l’ARIAC. C’est un statut qui est parfait pour moi en ce moment. Je me déplace évidemment dans les écuries et les champs (c’est ce que je préfère!). Il faut être prêt à faire beaucoup de route dans ce métier.

Pensez-vous, en tant que femme, avoir une place spécifique dans le milieu des chevaux ?
Certainement ! Le cheval n’a plus son rôle utilitaire comme autrefois, où c’était surtout les hommes qui avaient affaire à eux. Sa raison d’être de nos jours, en dehors de son utilisation souvent abusive dans le monde du divertissement, réside dans l’évolution de notre espèce. Ça vous parait bizarre? Mais nous avons tous à apprendre d’eux ! Je me vois comme un facteur de cette évolution. Et cela, ce sont d’abord les femmes qui le comprennent. Et les hommes, aussi, plus lentement… Mais bien sûr, je dis cela avec un brin d’humour. J’ai encore tout à apprendre mais je le fais avec une telle joie ! Chaque fois que je visite un couple humano-équin je m’émerveille de la magie qui s’en dégage. Et je suis bien certaine d’y avoir ma place.

Avez-vous des anecdotes à nous raconter liées à votre pratique ?
Les séances ne se ressemblent jamais. Il m’est arrivé plusieurs fois de ne même pas toucher le cheval, tant il était énervé et défiant. Je respecte toujours l’espace privé du cheval, qui est beaucoup plus développé que le nôtre. S’il ne veut pas me laisser venir près de lui je le respecte complètement. J’attends dans ce cas-là. Un jour, on m’appelée pour un jeune étalon qui était réputé intouchable, qui ne comprenait pas ce qu’on attendait de lui. Et comme tout le monde en avait peur on ne s’en occupait pas. Je suis restée d’abord à l’extérieur de son enclos, simplement en m’enracinant et en ouvrant mon cœur à la communication. Au bout d’un quart d’heure il s’est un peu adouci et je suis entrée. Je me suis assise et je n’ai pas bougé pendant un long moment. Quand je me suis levée, très doucement, il s’est mis face à moi à quelques pas et il a commencé à bâiller sans s’arrêter. Je savais que le pire était passé. Quand je suis revenue la semaine suivante j’ai pu passer un moment extraordinaire avec lui où il m’a laissée le toucher sans aucune peur, en m’indiquant précisément les points que je devais prendre en considération. Il était d’une rare intelligence. Peu après il est devenu reproducteur et plus personne ne s’est jamais plaint de lui. L’équilibre s’était fait.

1 Michel Odoul est le fondateur de l’Institut français de Shiatsu. Auteur de nombreux ouvrages.
2 www.cyran-shiatsu.com

Dominique-Laurence Repessé (textes/photos)